Membre de l'Inter-Associatif Européen de Psychanalyse
Sous la dénomination "LE QUESTIONNEMENT PSYCHANALYTIQUE" quelques psychanalystes se donnent un lieu propice à l'élaboration de ce qui spécifie leur expérience dans toute sa complexité.
Ce regroupement de travail et de questionnement vise à poursuivre une démarche engagée en Belgique depuis plusieurs années déjà, dans "Mésalliances" et dans l'"Association des cartels freudiens".
Ces psychanalystes fondent leur cohérence et leur détermination d'aujourd'hui sur ce qui s'est progressivement dégagé comme enseignement de leur fonctionnement antérieur. A savoir que,
Freud, tout en étant le fondateur-promoteur d'une Association Internationale, semblait néanmoins placer l'enjeu de la transmission de la psychanalyse sur un autre terrain. "L'approfondissement et le développement ultérieur de la psychanalyse dépendent encore toujours de la fréquentation des patients", écrivait-il en 1933. Ce rappel est certes essentiel. Encore faudrait-il qu'au-delà de toutes les particularités (des cures, des analystes et de leurs analysants) puisse s'élaborer entre les psychanalystes ce qui constitue "une communauté d'expérience, dont le coeur est donné par l'expérience des praticiens" (Lacan : Proposition d'octobre).
Autrement dit, à partir de ces pratiques toujours particulières, il s'imposerait de dégager une conception de l'"objet" dans l'expérience analytique (l'objet-cause du désir inconscient : avec son incidence sur la subjectivité et les symptômes, et sa prise dans le transfert) qui soit apte à fonder, de ces pratiques mêmes, un champ commun de l'expérience.
Cela pourrait-il s'élaborer au sein d'une collectivité d'analystes? Cela pourrait-il en constituer le lien associatif là où habituellement il n'est que le produit du rapport idéalisant au Maître ou du partage d'intérêts corporatifs?
Le dispositif de travail en cartel - formalisé par Lacan – semble pouvoir fonctionner comme un relais qui accorde les critères psychanalytiques collectivement assumables aux enseignements des pratiques singulières. Ainsi ouvert à la chance d'être un lieu de transmission, le cartel ne manquera pas de se trouver affronté aux incontournables questions qui interpellent le psychanalyste : la relation dialectisée entre pratique et théorisation, le maintien de l'analyse sur le terrain qui la spécifie comme expérience de discours suscitée part la position de l'analyste, la fonction du désir de l'analyste dans la direction de la cure, etc.
Ceci indique assez que le travail de cartel ne saurait abriter ni entretenir les réflexions académiques et les productions de l'esprit : la subjectivité désirante de chacun s'y trouve prise et les avancées découleront plutôt de l'élaboration des crises de travail que de la promotion d'un discours tissé de formules toutes faites.
Un tel travail ne saurait néanmoins se passer ni d'un retour aux concepts freudiens en tant qu'ils supportent la découverte de l'inconscient, ni d'un examen de l'apport lacanien en tant qu'il réarticule "l'évènement Freud" autour de sa radicale nouveauté.
Ce cadre de travail et de questionnement n'est pas assimilable comme tel à un projet d'enseignement. Même si des effets de formation s'y produisent pour certains, il ne s'agit pas d'une "Ecole de formation à la psychanalyse" avec son programme planifié dispensant un savoir pré-digéré.
Chacun entre dans le fonctionnement en son nom propre, s'y autorisant de l'initiative d'approfondir ce qui l'interroge dans la relation entre son désir et la Chose freudienne. Les seules conditions à l'accès au Questionnement psychanalytique sont d'être ou d'avoir été en position de psychanalysant (voire l'être toujours encore dans la position du psychanalyste) et d'en formuler la demande.
Le Questionnement psychanalytique, tout en refusant en tant que groupe l'allégeance à toute autre association existante, n'attend pas des participants au travail des cartels une affiliation exclusive.
"Etre psychanalyste" se soutient mieux d'un inlassable questionnement et non d'une capture dans une "identité" toute imaginaire et substantifiante. Ainsi l'adhésion au travail du Questionnement psychanalytique n'apporte aucune légitimation automatique de "s'autoriser de soi-même psychanalyste". Le Questionnement psychanalytique ne délivre donc aucun titre officiel, aucune habilitation ou reconnaissance. Les signataires demeurent cependant soucieux de s'atteler au difficile rapport entre psychanalyste et institution et à la délicate question de la transmission de la psychanalyse. Pour les concrétiser dans une expérience institutionnelle, ils s'engagent à entreprendre entre eux un travail plus radical - distinct, tout en étant issu, du fonctionnement des cartels - pour progresser vers l'intégration possible des critères psychanalytiques dans un fonctionnement institutionnel. Les axes de cette tâche sont la réflexion et l'interrogation sur :
Bref, toutes sortes de questions habituellement gérées de façon routinière par la plupart des institutions existantes.
Le Questionnement psychanalytique n'a pas la prétention d'être le seul lieu d'un authentique souci de la transmission de la psychanalyse. Il n'ignore pas que d'autres regroupements s'y vouent dans le cadre d'associations déjà instituées, dans des contextes géographiques proches ou lointains. Le Questionnement psychanalytique reste attentif aux résultats de ces différentes tentatives, si tant est que, partant des embarras d'une même pratique, leurs questions ne sauraient profondément diverger des siennes.
Bruxelles, le 5 juillet 1984.
Raymond ARON, Jacqueline DRESSE,
Jean DAVELOOSE, Michel DE WOLF,
Jules LAMY, Claudine MORDREL,
Zol tan VERESS & Bernadette WEYERGANS.