Le Questionnement Psychanalytique

Membre de l'Inter-Associatif Européen de Psychanalyse

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L'analyse dite "didactique"
L'analyse comme formation

J. DAVELOOSE-Z. VERESS

Si l'on doit reconnaître le caractère indispensable (et donc "obligatoire") de l'expérience analytique pour le candidat-analyste, il convient d'insister d'emblée sur le fait qu'il n'y a d'analyse que personnelle. Pour nous, au Questionnement Psychanalytique, cela n'a pas de sens de parler d'analyse didactique ou d'analyste didacticien au départ. Autrement, face à une demande de didactique d'un analysant à un analyste didacticien reconnu, l'Institution tiendrait la position ambiguë de préjuger de la fin, d'un point d'arrivée, en confirmant ou authentifiant le désir d'être analyste, toujours à considérer comme symptomatique. La demande d'analyse précède donc (et doit précéder) toute demande d'admission dans une Institution.

L'analyse d'un candidat-analyste peut, dans son décours, se différencier d'une analyse qui n'aurait pas cette visée. Que peut être cet "effet didactique", comment chacun peut formuler ce qui fait que son analyse aura été "didactique", dans l'après-coup ? Il sera porté une attention particulière au témoignage de ce passage apparu en cours d'analyse, où ce désir d'analyste aura pu être interrogé par l'analysant lui-même, comme modalité spécifique d'une fin d'analyse. L'analyse (de l'analyste) pourrait conduire à : la liquidation permanente des identifications idéalisantes aux figures de la toute-puissance (de l'Analyste, de la Psychanalyse, etc.), mais aussi au deuil de l'appui pris dans l'identification à l'objet qu'il était dans son fantasme fondamental.

Pour nous, il paraît donc plus correct de parler de "processus didactique", d'une mobilisation amorcée par l'analyse (du candidat-analyste) à poursuivre dans son "auto-analyse" (Freud) mais surtout dans sa formation théorique et l'avancée analytique issue de sa pratique et de ses questions (c-à-d dans le contrôle). Ce sont donc ces différents éléments qui sont didactiques; à cet égard, il n'y a pas un début et une fin du processus, une fois un "cursus" parcouru. Pour un jury, il s'agit donc moins d'apprécier l'effet d'une analyse que de reconnaître que quelqu'un veut s'engager dans ce processus didactique avec d'autres.

En présence d'une demande d'analyse avec l'intention avérée de devenir analyste, quelles sont les raisons qui feraient qu'un analyste accepte, vu les difficultés spécifiques ? Ces difficultés spécifiques ont été progressivement reconnues dans l'histoire des institutions psychanalytiques, élevant de plus en plus les exigences de ce qui était attendu d'une analyse "didactique" (cf. par exemple "l'analyse de caractère").

On constate que généralement les candidats-analystes passent à l'acte analytique dans une pratique personnelle avant d'avoir atteint le terme de leur propre analyse, et même avant d'avoir pu en apprécier les effets didactiques. Cet état de fait ne devrait pas inciter l'analyste débutant à terminer à la hâte son analyse personnelle; celle-ci peut être, dans certaines limites, un espace où peuvent s'élaborer les difficultés subjectives rencontrées dans sa pratique récente. Dans ce passage à la pratique, l'Institution n'intervient que pour en constater (reconnaître) le fait. Quelle serait la responsabilité de l'analyste, au cas où ce passage à l'acte s'avérait une réponse-écran à une question essentielle à analyser ?

QUELQUES REFERENCES THEORIQUES (NON-EXHAUSTIVES)

Si l'on se réfère aux textes traitant de l'analyse didactique, ceux-ci prennent toujours en compte le rapport entre l'analyse "didactique", la fin de l'analyse (but et terme) et les exigences de formation de l'Institution.

FREUD

voyait plusieurs objectifs à l'analyse didactique : expérience de l'inconscient; analyse du transfert; incitation à poursuivre son auto-analyse. Dans les débuts de la psychanalyse, le niveau d'exigence de l'analyse didactique est moindre que pour l'analyse thérapeutique. Ce n'est qu'après 1910, et ensuite avec la mise en place de l'Institut de Berlin (1922), que les critères de l'analyse didactique deviendront plus exigeants, parallèlement à une organisation plus structurée et plus contrôlée de la formation.

LACAN - SAFOUAN

Si "l'analyste ne s'autorise que de lui-même", que sont les analystes didacticiens ? Selon Lacan, un psychanalyste sera considéré comme didacticien "de ce qu'il a fait une ou plusieurs psychanalyses qui se sont avérées didactiques". Lacan ajoute : "C'est une habilitation de fait, qui s'est toujours passée ainsi en fait et qui ne relève de rien de plus que d'un annuaire, entérinant des faits, sans même qu'il ait à se prétendre exhaustif".

Le seul principe certain à poser, écrit Lacan, et d'autant plus qu'il a été méconnu, est que la psychanalyse est constituée comme didactique par le vouloir d'un sujet, et qu'il doit être averti par l'analyste auquel il adresse sa demande d'une analyse didactique que l'analyse contestera ce vouloir à mesure même de l'approche du désir qu'il recèle.

Pour Safouan, la question de l'analyse didactique se pose en ces termes : en quoi l'expérience de cette analyse peut-elle donner lieu au désir de la répéter avec autrui ou de reprendre la traduction de l'inconscient au niveau de l'inconscient d'autres sujets. L'analyse didactique comporte un passage tel que celui qui était au départ l'analysant, devient analyste; un passage qui se définit de ce qu'un désir prend naissance.

Le désir de l'analyste, on ne saurait l'envisager autrement que comme une nouvelle formation de l'inconscient, c'est même là le sens plus authentique de la "formation" de l'analyste, sens dont la méconnaissance a complètement dévoyé les conceptions courantes du rapport entre la psychanalyse "en intention" et la psychanalyste "en extension".

BIBLIOGRAPHIE

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