Le Questionnement Psychanalytique

Membre de l'Inter-Associatif Européen de Psychanalyse

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Règlement d’ordre intérieur

1. RAPPEL HISTORIQUE

En juillet 1984, sous la dénomination "Le Questionnement Psychanalytique", quelques psychanalystes se sont regroupés pour concrétiser leur souhait commun, de se donner un lieu propice à l'élaboration de ce qui spécifie leur expérience de psychanalyste dans toute sa complexité.

Dans un texte - dit de fondation - ils ont eu le souci de resituer leur initiative nouvelle dans le contexte des effets institutionnels qui se sont produits en Belgique à la suite de la dissolution, par LACAN de son Ecole freudienne, et de sa mort survenue peu de temps après. D'un dispositif minimal, appelé "Mésalliances" et visant particulièrement à favoriser l'échange des idées entre psychanalystes intéressés par la dissolution, s'est engagé par la suite un regroupement de travail plus structuré sous le nom d' "Association des Cartels freudiens". Après quelques années d'un travail collectif particulièrement fécond, un net clivage s'est, petit à petit, manifesté parmi eux sur l'opportunité ou non de se constituer en véritable institution assumant pleinement les charges habituelles de formation et de transmission, ainsi que de reconnaissance et d'habilitation. Alors qu'une partie des membres décidèrent de faire institution en s'associant à un groupe français déjà organisé, les autres membres - futurs fondateurs du Questionnement Psychanalytique - ont jugé que le moment choisi et la modalité concrète pour l'institutionnalisation qui leur était proposée ne s'inscrivaient pas dans la suite logique du patient travail d'élaboration entrepris en commun. Tout en admettant que l'examen approfondi des questions centrales de la psychanalyse (comme la fin de l'analyse, le désir de l'analyste, l'éthique de la psychanalyse, sa transmission,...) débouchait nécessairement sur des prises de position dans le fonctionnement institutionnel, il a semblé à ces autres membres qu'une institutionnalisation précipitée et se coulant dans un modèle déjà mis en place par ailleurs, coupait court à l'indispensable poursuite de la réflexion sur les principes de fonctionnement authentiquement analytique qui devraient présider à un renouvellement tant souhaité par la dissolution lacanienne de l'institution psychanalytique.

Ainsi, les signataires du Questionnement Psychanalytique ont fondé leur cohérence et leur détermination sur ce qui s'était déjà dégagé comme enseignement de leur fonctionnement antérieur. Ils invitèrent d'autres analystes et praticiens de l'écoute engagés dans une formation analytique à se joindre à eux pour poursuivre l'approfondissement des questions concernant la formation du psychanalyste et la transmission de la psychanalyse. S'organiser alors précipitamment sur le modèle institutionnel classique aurait été une manière d'éluder le nécessaire éclaircissement des principes de fonctionnement institutionnel qui répondent à l'exigence suivante : être le plus étroitement possible en accord avec ce qui s'éprouve dans l'expérience psychanalytique comme les visées mêmes de toute cure.

Notre référence de base ne pouvait être que l'expérience analytique, telle qu'elle s'éprouve dans les cures concrètes. Encore fallait-il qu'à partir de nos pratiques - nécessairement soumises aux particularités et aux singularités qui caractérisent chaque cure - puisse s'élaborer ce qui constitue, selon le principe de LACAN, "une communauté d'expérience, dont le cœur est donné par l'expérience des praticiens" (proposition d'octobre). Autrement dit, à partir de ces pratiques particulières, il s'imposerait de dégager la conception de l'objet dans l'expérience analytique (objet cause du désir inconscient), qui soit apte à fonder de ces pratiques mêmes, un champ commun d'expériences. Cela pourrait-il s'élaborer au sein d'une communauté d'analystes ? Cela pourrait-il constituer le lien associatif là où habituellement il n'est que le produit du rapport idéalisant au maître, ou de partage d'intérêt corporatif ?

Le dispositif de travail en cartel (formalisé par J. LACAN) est le mode de travail indiqué comme lieu de transmission, où se dialectisent théorie et pratique, et dans lequel chacun se trouve confronté à sa subjectivité désirante. Le travail prend nécessairement appui sur les concepts freudien et lacanien.

De 1984 à 1987, les psychanalystes travaillent sur l'intégration possible des critères psychanalytiques dans le fonctionnement institutionnel, leur visée étant d'instituer dans le fonctionnement. Ce qui les mène en juillet 1987 à instituer le Questionnement Psychanalytique en ASBL.

De 1987 à 1989, les membres fondateurs axent leur travail de réflexion sur quatre thèmes principaux devant servir de base à l'éthique et au fonctionnement de l'institution, et au règlement d'ordre intérieur. Quatre textes importants orientent le travail de ce groupe, à savoir :

  • analyse personnelle, analyse didactique,
  • le contrôle,
  • l'enseignement,
  • la garantie et la reconnaissance.

Ils pourraient éventuellement permettre de donner sens à ce nouveau lien social dont parle J. LACAN (sem. XI).

II. OBJECTIFS D'UNE INSTITUTION PSYCHANALYTIQUE

A. INTRODUCTION.

Les formulations qu'énonce le Questionnement Psychanalytique s'originent dans la conception qu'il se fait de la formation analytique en général.

Une formation analytique ne peut être de type universitaire (apprentissage de savoirs) dans la mesure où chaque analyste a expérimenté le fait incontournable qu'il n'est, lui-même que l'instrument, l'agent (a) thérapeutique et que son ouverture à la dimension qu'implique le sujet de l'inconscient est l'objet chez lui d'une conquête permanente. L'objectif d'une institution analytique sera de maintenir les conditions pour la mise en place - entre des psychanalystes en recherche - d'une présence toujours interrogative face aux phénomènes de l'inconscient et de leur élaboration.

On est donc loin d'une institution analytique qui figerait des critères, statufierait une théorie, légaliserait une hiérarchisation de fonctions. Son seul objectif se doit d'être la psychanalyse et de permettre que cette dernière ne cesse d'interpeller les membres qui se constituent en association. A cet effet, les modalités d'un travail entre psychanalystes susceptibles de ne pas verser dans l'impasse de réponses toutes faites, auraient comme visées :

•  l'engagement dans un travail analytique personnel et son approfondissement,

•  la création des lieux et des temps où l'analyste témoigne de son travail et des intérêts qui s'y trouvent suscités : contrôles, cartels, intercartels, séminaires, feuillets,

•  le maintien d'un esprit de recherche, afin que les questions fondamentales de la psychanalyse soient rencontrées et travaillées par chacun en des séquences qui sont fonction des expériences propres.

Toujours dans l'esprit d'une large ouverture, cette formation pourrait se passer dans différents lieux institutionnels psychanalytiques.

B. L'ANALYSE DIDACTIQUE

S'il nous faut reconnaître le caractère indispensable de l'expérience analytique pour le candidat analyste, il convient cependant d'insister d'emblée sur le fait qu'il n'y a d'analyse que personnelle. Le Questionnement Psychanalytique entend se démarquer de la tradition des institutions psychanalytiques dans laquelle sont introduits, dès le départ un "cursus analytique", les notions d'analyse didactique et d'analyste didacticien reconnu. Dans cette perspective traditionnelle, face à une demande de "didactique", l'institution tient la position ambiguë de préjuger de la fin, d'un point d'arrivée, en confirmant ou en authentifiant le désir d'être analyste, toujours à envisager comme symptomatique. Le Questionnement Psychanalytique considère donc que la demande d'analyse précède (et doit précéder) toute demande d'admission dans une institution.

Toutefois, si nous tenons ainsi à isoler complètement l'expérience analytique personnelle de tout "regard institutionnel", il ne saurait être question pour nous de laisser en suspens quelques véritables questions relevant de l'éthique même de l'analyse, questions que l'on ne saurait purement et simplement évacuer sous le fallacieux prétexte qu'elles ont été inadéquatement résolues dans le passé par des procédures institutionnelles de sélection de candidats analystes. Rejeter cette prétendue manière de régler les problèmes ne devrait pas conduire à méconnaître les vraies difficultés auxquelles la sélection instituée croyait pouvoir répondre.

Mais comment réintroduire, dans l'après-coup et dans l' " ailleurs ", que constitue une réflexion critique en commun au sein du Questionnement Psychanalytique, certaines questions qui appartiennent en propre à la responsabilité strictement particulière de l'analyste acceptant une demande à visée didactique plus ou moins manifeste ? Comment réarticuler donc de façon nouvelle des questions qui se sont posées aux analystes en simples termes d'indication ou de contre-indications à débuter ou à poursuivre une cure ou un travail analytique ?

Il est un fait d'expérience dans les cures ordinaires que les derniers doutes pouvant subsister quant à l'accueil à réserver à une demande d'analyse se résolvent en général d'elles-mêmes - dans les premiers temps - par l'arrêt et le départ du demandeur. Or, cette réaction spontanée sera précisément empêchée par le surgissement d'une visée didactique et ne pourra pas manquer de provoquer chez l'analyste des interrogations - tant éthiques que techniques - quant à l'attitude qu'il convient d'adopter dans le cas où il s'agit manifestement d'une structure peu compatible avec les exigences de la pratique analytique et peu susceptible d'être modifiée par l'analyse personnelle.

L'analyse d'un candidat-analyste peut, dans son déroulement, se différencier d'une analyse qui n'aurait pas au départ cette visée. Que peut être cet " effet didactique " ? Comment chacun peut-il formuler ce qui fait que son analyse aura été "didactique" dans l'après-coup ?

Il sera porté une attention particulière au témoignage de ce passage apparu en cours d'analyse, où ce désir d'analyste aura pu être interrogé par l'analysant lui-même comme modalité spécifique d'une fin d'analyse. L'analyse de l'analyste pourrait déboucher sur la disparition des identifications idéalisantes aux figures de la toute puissance (celles de l'Analyste, de la Psychanalyse, etc...) également sur le deuil de l'appui pris dans l'identification à l'objet qu'il était dans son fantasme fondamental.

Tout en insistant sur l'importance de ce temps de franchissement et sur l'aspect décisif de cette séquence mutative où se dégage le désir de l'analyste, nous pourrions considérer l'ensemble de ce qu'il est convenu d'appeler la formation du psychanalyste en termes de "processus didactique continu". Sous cet angle, la mobilisation amorcée par l'analyse personnelle du candidat analyste aura à se poursuivre et à s'approfondir non seulement dans un effort analytique personnel ininterrompu, mais aussi dans la progressive théorisation de l'avancée analytique s'étant produite dans sa propre pratique. Ce sont donc ces différents éléments qui sont didactiques; à cet égard, il n'y a pas un début et une fin du processus, une fois "un cursus" parcouru.

La tâche d'un jury ne saurait être assimilée à un jugement d'autorité portant sur des capacités ou aptitudes acquises, mais s'apparenterait plutôt à une appréciation de l'effet didactique fondée sur les principes de l'éthique analytique : il pourrait ainsi s'agir par exemple, de reconnaître et d'authentifier la mise en acte d'un désir de prolonger et d'approfondir avec d'autres le processus d'ouverture à l'inconscient déjà pleinement engagé dans l'analyse personnelle.

Compte tenu des difficultés spécifiques que comporte la tâche de mener à bonne fin une analyse à visée didactique, il s'agit de prendre en compte la question suivante : quelles sont les raisons qui feraient qu'un analyste accepte une demande affichant l'intention manifeste de devenir analyste ? Le déplacement de la responsabilité de l'Institution (qui autrefois posait ses principes de sélection) sur celle du psychanalyste qui accepte une demande, laisse en effet, ouverte une réflexion sur les " indications et contre-indications " des analyses à visée de formation. La mise en commun de réflexions accomplies habituellement de manière solitaire par chaque analyste sollicité dans ce type de demande, pourrait utilement compléter le débat apparu dans l'histoire du mouvement analytique sur les buts de la didactique en regard des exigences concrètes impliquées dans l'exercice même de la fonction du psychanalyste.

L'expérience montre que, généralement, les candidats analystes passent à l'acte analytique dans une pratique personnelle avant d'avoir atteint le terme de leur propre analyse, et même avant d'avoir pu éprouver les effets didactiques. Cet état de fait ne devrait pas inciter l'analyste débutant à terminer à la hâte son analyse personnelle. Celle-ci peut être, dans certaines limites, un espace où peuvent s'élaborer les difficultés subjectives rencontrées dans sa pratique récente, et de cette manière préparer à structurer une future demande de contrôle. Dans le passage à la pratique, l'Institution n'intervient que pour prendre acte du fait. Ce qui laisse, une nouvelle fois, l'entière responsabilité d'intervention à l'analyste, particulièrement dans le cas délicat où il s'avère que ce passage à l'acte est une manière d'éluder une question essentielle à analyser. L'occurrence de tels problèmes au sein de pratiques assurément indépendantes, et relevant de la seule responsabilité des analystes impliqués dans ces situations mériterait néanmoins une réflexion critique au niveau du regroupement des psychanalystes qui forment le Questionnement Psychanalytique.

C. LA FONCTION DU CONTROLE

Schématiquement, définissons la fonction du contrôle comme la mise en question de la pratique clinique, dans la dimension d'un témoignage à l'adresse du " tiers auditeur ".

S'agissant du contrôle, la préoccupation première du Questionnement Psychanalytique est de ne pas enfermer ce qui pourrait être entrevu d'une fonction - plus vaste et plus profonde - du contrôle dans la seule procédure de formation telle qu'elle est plus ou moins codifiée par les institutions durant la période limitée de la formation. Une telle fonction déborde, logiquement et chronologiquement, le simple dispositif préconisé habituellement par les institutions au titre d'un des trois piliers de la formation psychanalytique.

Déjà l'analyse personnelle peut fournir l'occasion d'une première élaboration par l'analysant de sa pratique débutante, au niveau de son implication subjective dans ce qui se produit d'ouverture ou de fermeture dans les cures dont il assume la direction. Une telle démarche participe à la fois à l'approfondissement analytique personnel et à l'amorce d'un travail de mise en question de sa pratique.

Tant l'achèvement de l'analyse personnelle que le souhait de réserver à cette nouvelle tâche de contrôle un cadre et une temporalité qui soient indépendants de l'analyse personnelle, peuvent amener l'analyste débutant à solliciter des séances spécifiquement consacrées à ce qu'il est convenu d'appeler l'analyse de contrôle. Sur ce point, le Questionnement Psychanalytique ne saurait se soustraire à l'affirmation, quasi unanimement soutenue par l'ensemble des institutions analytiques, de la nécessité et du caractère irremplaçable du contrôle pour la formation du psychanalyste. Toutefois, l'esprit de questionnement qui anime notre association ne pouvait se contenter de souscrire à cette affirmation sans s'imposer une réflexion radicale sur les raisons strictement psychanalytiques qui fonderaient une telle nécessité. Les acquis de cette élaboration critique, permettent au Questionnement Psychanalytique de resituer la classique institution du contrôle dans des axes qui lui semblent plus authentiquement analytiques.

Le Questionnement Psychanalytique tient donc à se démarquer d'une position de réglementation qui fixerait le moment d'entrée en contrôle, sa fréquence et sa durée, ainsi que le choix des contrôleurs. Il s'agit de redonner prévalence à la dimension désirante de l'analyste en formation. Il s'agit aussi de lui laisser l'occasion de pouvoir s'instruire au travers de l'analyse des particularités qui ont présidé au surgissement autonome de sa demande de contrôle (comme la nature des difficultés cliniques rencontrées, les reliquats transférentiels dans le choix du contrôleurs, etc.). Par ailleurs, la non coïncidence du début de la pratique et de la demande de contrôle pourrait favoriser, chez l'analyste débutant, une meilleure assomption des prérogatives et des responsabilités inhérentes à la position de l'analyste à laquelle il se serait lui-même autorisé. De plus, si l'analyse personnelle peut devenir l'occasion, le cadre spontané d'un premier travail de contrôle, on voit mal au nom de quel principe il s'agirait d'interdire - comme le faisait l'école anglaise - le choix de son propre analyste comme contrôleur. Libre évidemment à ce dernier d'opérer, selon la modalité qui s'imposerait, un démarquage suffisant qui sauvegarderait malgré tout les intérêts prioritaires de l'analyse personnelle.

Le Questionnement Psychanalytique recommande néanmoins, plusieurs contrôles pour encourager des démarches auprès d'autres analystes que celui qui s'est vu investi transférentiellement dans l'analyse personnelle. Est-il nécessaire de souligner les inconvénients (pour ne pas dire les légitimes soupçons) que comporterait une formation qui se veut mono-référentielle ? De même, faut-il plus avant spécifier les avantages manifestes qu'il y aurait à multiplier les rencontres à effets didactiques auprès d'analystes différents ?

Ainsi donc, libre d'engager une démarche de contrôle à un moment dicté par les ressorts de sa demande et de se choisir un contrôleur parmi la vaste offre trans-institutionnelle qui prévaut actuellement, l'analyste s'introduira dans un dispositif de questionnement et d'apprentissage qui s'articule autour de son désir d'analyste en exercice dans les cures qu'il dirige. Parmi les effets didactiques recherchés par le contrôle, le moindre n'est certes pas de favoriser une meilleure présence à ses propres mouvements dans la conduite de la cure et d'y déceler éventuellement l'incidence entravante de " contre-transferts " (qu'ils se manifestent sous la forme directe de vœux fantasmatiques restés inanalysés ou sous le déguisement plus subtil de " théories implicites " ou d'adhésions passionnées à des conceptions théoriques ou à des "trucs" techniques repris à un maître quelconque,...).

D'autres enjeux didactiques peuvent éventuellement se laisser découvrir tout au long du déroulement des analyses de contrôle : comme par exemple, aider à mieux s'instruire de son expérience (tant dans l'approfondissement éclairé du savoir-faire que dans une progressive théorisation de sa pratique), ou favoriser l'usage - plein et différencié - à la fois d'une plus grande possibilité au matériel inconscient du patient et d'une plus grande présence à ses mouvements internes, ou encore permettre à l'analyste de dépasser une utilisation mécanique des règles techniques, afin de lui rendre une capacité d'initiative soucieuse néanmoins des nécessités de la situation, etc...

Les contrôles ainsi menés avec des contrôleurs dans le cadre classique des analyses de contrôle, constituent un apprentissage sans pareil qui pourrait faciliter l'intégration en soi d'une fonction de contrôle, au sens de la mise en œuvre permanente d'une position de questionnaire critique à l'égard de sa pratique. Au-delà donc des contrôles de la période de formation, l'analyste dans la suite de son travail analytique continuera à mobiliser en lui cette fonction de contrôle. Cette tâche, éminemment personnelle et singulière - bénéficiera grandement des interactions diverses pouvant se produire au sein d'un regroupement de travail entre psychanalystes praticiens. Que ce soit par la mise en place de " contrôle collectif " ou d' " intercontrôle ", ou plus simplement par les opportunités de rencontre et d'échange que constituent les cartels, les intercartels ou toute autre forme de dialogue de travail entre confrères analystes (publication, diffusion interne de commentaires ou d'interventions...).

Les analystes fondateurs du Questionnement Psychanalytique, ont voulu également introduire un débat qui pourrait se poursuivre entre analystes intéressés à dégager les enseignements de leurs expériences de contrôlants et de contrôleurs. Il nous semble indispensable, en effet, que notre souci de supprimer les contraintes réglementaires habituellement dictées par les institutions, puisse trouver sa contrepartie naturelle et équilibrante dans la mise en place de lieux et de méthodes de travail ayant à questionner les effets produits par le renouvellement du dispositif classique. Ainsi, des premières questions ont été formulées et proposées à une analyse plus approfondie: qu'est-ce qui détermine chez l'analyste l'appréciation et l'acceptation d'une demande de contrôle ? Quel est l'objet principal du contrôle ? Quels sont les principes fondamentaux de la direction d'un contrôle ? Quels seraient les critères de progrès ou de réussite d'un contrôle ? etc.

L'ENSEIGNEMENT

Pour la transmission de la psychanalyse, FREUD préconisait une formation nécessitant le passage par l'expérience analytique (la didactique) et un enseignement des connaissances psychanalytiques. La théorie devait s'intégrer aux investissements pulsionnels du candidat analyste. L'ensemble constituait " la part transmise ".

Si l'enseignement universitaire, avec son type de discours, a souvent été pris comme modèle pour l'enseignement de la psychanalyse, il ne peut cependant se confondre avec le discours analytique. Ceci implique la nécessité d'envisager l'enseignement de la psychanalyse en fonction de son éthique et de l'originalité de sa pratique.

Tout enseignement suppose un savoir et un mode de transmission de ce savoir. En psychanalyse, quelle est la nature du savoir et quelle est la fonction de ce savoir dans le rapport dialectique " enseignant - enseigné " ?

L'ouverture au savoir, dans l'analyse, n'entraîne pas un accroissement de connaissances par une assimilation de modèles théoriques. Connaissances qui constitueraient le métalangage du discours de l'analysant. La théorie interpelle le Sujet quand il s'y sent concerné personnellement ou quand, dans son travail et son questionnement, elle devient constitutive d'un discours cherchant à cerner au mieux la vérité du Sujet. Ce savoir, art de répondre au défaut de la jouissance, est fait d'apprendre. C'est du côté de la jouissance Autre que le discours analytique peut espérer produire un lien social nouveau. Un lien social où il s'agit moins de maîtriser ou de dominer que de se laisser apprendre de l'Autre. Un savoir qui ne se livre pas dans la maîtrise d'une pensée, mais dans l'après-coup d'une parole.

Dès lors, l'enseignant n'est plus un dispensateur de savoirs, mais quelqu'un qui, dans sa position "d'apprenant", peut témoigner, auprès de quelques autres, d'une expérience clinique et d'une avancée théorique éclairante par son ouverture signifiante. Dans l'analyse, le désir de l'analyste permet la rupture du système identificatoire de l'analysant.

Dans l'acte d'enseignement, le désir d'apprendre de l'enseignant n'est pas une réponse à une demande orale de l'enseigné, mais un positionnement qui ne peut que situer l'enseigné comme Sujet en recherche et lié, par là, au discours analytique.

Quant à l'enseigné, il est repérable à son désir d'apprendre et est libéré de tout projet éducatif dont il pourrait faire l'objet. Un apprentissage ne peut être imposé d'une manière souveraine pour le "bien" supposé de l'analyste en formation. L'apprentissage, à plus forte raison s'il est d'ordre analytique, est toujours un parcours singulier nécessitant l'engagement de celui qui s'y soumet. Ce parcours singulier pouvant se conjuguer avec le parcours singulier de quelques autres.

Décrivons brièvement comment, actuellement, cela s'organise au Questionnement Psychanalytique. Chaque année, des cartels de travail se mettent en place. La constitution des cartels se fait en fonction des désirs de travail exprimés et en fonction de l'expérience clinique et de l'avancée théorique de chacun. Une certaine convergence des travaux des cartels et des questions soulevées peut amener l'organisation de rencontres avec des analystes extérieurs à l'institution. Ce sont des personnes connues par leurs écrits ou par d'autres modes d'interventions et qui peuvent amener quelques réponses, mais aussi d'autres questions dans les domaines étudiés. Une telle démarche est possible aussi au niveau du cartel. Dans certains cartels, il peut arriver que le travail se fasse avec des analystes extérieurs à l'institution qui rencontrent le désir de travail de membres du Questionnement Psychanalytique.

Enfin, des réunions générales permettent, à qui le souhaite, la présentation d'une question travaillée, avec l'élaboration théorique que cela suppose. S'offrir à l'écoute critique des autres est le risque à prendre pour relancer, au-delà des inévitables barrières narcissiques, le désir de savoir issu des dérapages, des failles reconnues dans l'après-coup et qui accompagnent tout moment de parole.

Nous n'avons pas dissocié le problème de la transmission, et plus particulièrement ici de l'enseignement de la psychanalyse, de ce qui constitue son éthique. A l'instar d'Oedipe qui, se crevant les yeux, abandonnait les biens, les savoirs qui l'avaient aveuglé sur son désir, nous avons, nous aussi, à fermer les yeux sur " ce qu'il faut absolument connaître " pour être un " analyste ", afin de nous laisser interpeller par le savoir inconscient et le désir d'apprendre qu'il suscite. La solitude qu'une telle démarche impose, peut cependant faire espérer un lien social où, en faisant jouer l'indispensable fonction du " plus-un ", chacun se trouve être concerné et soutenu par son désir d'apprendre.

III. GARANTIE ET RECONNAISSANCE

A.CONSIDERATIONS SUR LA GARANTIE ET LA RECONNAISSANCE

La participation en tant que membre du Questionnement Psychanalytique implique un trajet personnel et un projet de travail qui s'articule non pas sur un éclectisme de méthodes thérapeutiques, mais sur un approfondissement de la théorie et de la pratique psychanalytique.

L'association met en place un lieu et un cadre pour que s'instaure une dialectique entre le travail de chacun en rapport avec une forme particulière de savoir.

Une confrontation entre les éléments de sa propre cure, des cures menées et le modèle théorique de la psychanalyse permet un développement et une perlaboration des questions analytiques.

Le Questionnement Psychanalytique, comme institution, n'intervient pas quand un de ses membres s'autorise à débuter une pratique. Cette décision relève uniquement de sa personne. C'est sa propre responsabilité qui est en jeu dans cet acte.

Néanmoins, si s'autoriser s'impose comme acte mettant dans la solitude, le désir à l'épreuve, il s'inscrit dans un accord. Celui-ci inclut une attitude spécifique qui face aux éléments laissés en suspens, et réveillés par les discours, permet au psychanalyste d'être interpellé par ses analysants. La décision de s'autoriser se révèle une composante fondamentale du processus de la cure, car logiquement elle se travaille avec son psychanalyste.

Le Questionnement Psychanalytique se refuse à mettre en place un processus conduisant à des nominations et à l'établissement de normes " analytiques " définitives. Une institution de psychanalystes se dévoye quand elle impose des critères qui conduiront à figer la théorie et légaliser une hiérarchisation des fonctions.

Le Questionnement Psychanalytique se porte cependant garant des membres inscrits dans son annuaire en prenant acte que ceux-ci inscrivent leur travail dans le champ psychanalytique, conformément aux statuts et au règlement d'ordre intérieur.

L'institution regroupe deux catégories de membres :

- les membres adhérents,

- les membres effectifs.

Le passage de l'un à l'autre est fonction d'un repérage noué à la question de la transmission et de la prise de responsabilité. Il confirme un engagement à l'égard de la pratique psychanalytique avec le respect de son éthique. C'est dans l'après-coup des cures, au moment où un discours singulier cherche à théoriser la pratique, qu'une marque, une trace s'installe, et dans une certaine temporalité, est reconnue par l'autre.

Cette reconnaissance fonctionne d'une manière analogue à celle de l'inconscient : à savoir dans le registre de l'ouvert-fermé et dans la rencontre. Dans cette optique, pour assumer le travail de l'inconscient par la voie du transfert, le seul désir d'analyser est insuffisant. La démarche analytique implique l'acte et son articulation, elle se soutient d'un rapport spécifique. Il a trait à une vérité propre au Réel et est directement fonction de la rigueur avec laquelle le Sujet épure son désir et le met à l'épreuve dans une pratique. La reconnaissance se voit dès lors située non pas dans la permanence, mais dans l'intermittence et la réitération.

B. REGLEMENT D'ORDRE INTERIEUR.

1. Introduction

L'exposé du présent règlement ne se veut ni définitif, ni figé. Il propose pour le moment un cadre favorisant le travail entre psychanalystes réunis sous le signifiant " Questionnement ". Ce signifiant est en lui-même prometteur et redoutable à la fois, puisqu'il soude notre entreprise au maintien d'une exigence d'interrogation par rapport à laquelle il nous sera toujours loisible de mesurer nos éventuels égarements ou manquements.

Les statuts définissent deux catégories de membres : les membres effectifs et les membres adhérents.

2. Mise en place d'un dispositif.

Le candidat s'adresse à un membre du bureau pour faire part de son désir d'inscrire son travail au Questionnement Psychanalytique comme membre adhérent ou effectif. Ils examinent ensemble si, dans le cadre des statuts ou du règlement intérieur, les conditions minimales sont présentes.

Dans le cas de la réception de cette demande :

- pour les membres adhérents :

La personne est invitée à un inter-cartel, à une ou des journées de travail de l'association. Le membre du bureau ayant reçu la personne s'adresse à cette dernière afin de s'enquérir si elle désire poursuivre sa démarche. Le responsable du bureau remet une liste des membres du Questionnement Psychanalytique. Parmi ceux-ci le candidat choisit trois membres (deux effectifs et un adhérent) avec lesquels la personne aura un ou des entretiens individuels. Les analystes choisis plus le membre du bureau ayant reçu la personne se constituent en CARTEL D'ADHESION et prennent position. Un des membres du cartel fait part de la décision au candidat et au conseil d'administration.

- pour les Membres effectifs :

Le praticien s'adresse à quatre personnes - l'une de ces dernières peut être choisie en dehors de l'association, mais doit pratiquer la psychanalyse et être reconnue à ce titre par ses pairs - les autres seront des membres effectifs. Les personnes ayant reçu la demande se constituent en CARTEL D'ASSOCIATION et se réunissent avec le candidat ou sans lui autant de fois que nécessaire.

Les membres de l'assemblée générale n'interviennent pas dans la décision du cartel. Par contre, le cartel d'association a pour mission de tirer enseignement des effets du travail. Il fonctionne comme jury par le fait même de poser l'acte (moment éphémère au même titre que la composition du cartel). Ses membres s'associeront à un groupe de travail sur la transmission et la question de la fin de la cure analytique.

3. Des instances

- le bureau

Il a pour fonction d'être l'organe coordinateur de l'association, avec la mission précise d'assurer, rapidement et efficacement, la gestion journalière. C'est un lieu de prise de décision quant à l'orientation des demandes, de la circulation des idées et des propositions diverses des membres du Questionnement Psychanalytique. Il fait circuler les textes, la liste des membres. Il centralise et propose un agenda des manifestations internes et externes. Assurant le secrétariat, il s'occupe des problèmes de trésorerie et du paiement des cotisations par les membres. Le bureau se compose de quatre personnes élues pour une période de deux années:

- deux membres effectifs,

l'un étant le secrétaire du conseil d'administration, l'autre sur proposition personnelle ou par élection au sein des membres effectifs;

- deux membres adhérents,

la condition première est d'avoir participé depuis au moins deux années au travail du Questionnement;

la seconde est de poser sa candidature ou de se voir proposé par des membres de l'assemblée générale à un vote de celle-ci.

- le conseil :

Le conseil est une instance consultative ayant la tâche d'analyser, dans le fonctionnement, les articulations entre les composantes de l'association. Il assume une fonction de maintien des objectifs et de l'esprit du Questionnement Psychanalytique tel qu'il figure dans le texte fondateur, dans les statuts et le règlement d'ordre intérieur. Particulièrement attentif au travail des cartels d'adhésion et d'association, il propose et développe des axes de réflexions sur d'éventuelles modifications aux procédures en place.

Le conseil se donne toute latitude dans ses concertations d'inviter ou de participer à des colloques traitant des sujets le concernant.

Il se compose de:

un minimum de quatre membres effectifs.

La condition est de poser sa candidature et se voir élire par les membres de l'assemblée générale.

 

Juin 1989.